Après « Do you speak bibliothécais ? », voici un article pour essayer de comprendre ses voisins bourbines qui causent le Schwitzerdütsch.
Très fortement inspiré de la désEncyclopédie J
Quand le poulpe était petit, les activités extra scolaires étaient légion. Il y avait la gym, puis la danse. Il y avait aussi le
solfège, puis la musique. Et aussi la natation. Ces deux dernières se pratiquaient en Suisse voisine comme on dit par chez nous. Et pendant que Poulpy faisait se qu’elle savait faire de mieux,
c’est-à-dire faire le poulpe dans une piscine ou alors étaler ses tentacules sur les touches de son accordéon, la mère du poulpe se rendait à la Coop (prononcer lentement « la Coopé »).
Ainsi Poulpy était récompensée de ses ardents efforts de la journée par une branche (pour ceux qui savent pas, les « branches », c’est du chocolat taille kinder en forme de branche avec
l’écorce de la branche en choco-noisettes et c’est super bon). Pour le repas du soir, avec un peu de chance, on avait un peu de zweiffel au paprika (c’est les meilleures chips du monde).
Jusque là, tout va bien. Mais c’est au moment du plat de résistance que ça se gâte : Röstis pour tout le monde.
Les Röstis… spécialité suisse… en gros c’est des patates quoi… avec du lard ça devient les Röstis à la bernoise…C’est pas
mauvais. C’est même bon des fois. Mais Poulpy en a ingurgité des quantités industrielles et depuis cette époque des activités extra scolaires, plus moyen d’encaisser les Röstis !
Et depuis quelques temps Poulpy se demande si nos voisins romands n’auraient pas eu aussi trop ingurgité de ces fameux Röstis étant petits ? En Suisse, il y a quand même une RöstiGraben qui sépare les romands des alémaniques ! Vous imaginez ? Un mur de Berlin en patates ? C’est pas très crédible… Mais les gens se sont organisé autour de cette barrière imaginaire et donc, un « Bourbine », c'est un Helvète qui vit du « mauvais » côté de la RöstiGraben et qui parle le dialecte suisse allemand ou Schwitzerdütsch.
Aaahh le Schwitzerdütsch ! Une très ancienne langue, gutturale, crachée, ayant ses racines au Moyen-Âge. Et c’est peu dire qu’elle est crachée cette langue ! Vous avez vu la pub pour l’emmental sur TSR ? Elle est sous-titrée de diou ! C’est à peine si on reconnaît que « dankkrrrre » c’est « danke »…
Hum… Le suisse-allemand donc est un dialecte germanique très très difficile de prononciation, proche d'une maladie de la gorge. Le non-connaisseur le confondra facilement avec l'arabe en raison des nombreux rrrrh. Pour savoir si vos cordes vocales sont adaptées à la pratique de cette langue, essayez de dire « dr chueche im chuchi chaschtli » dont la traduction est « le gâteau dans armoire de la cuisine » et qui doit se prononcer à peu près « trr rou'eurheu im rôôrhyy rââhchtli ». Si vous y arrivez, alors c'est bien, vous êtes autorisés à passer à la suite.
En Schwitzerdütsch, on est obligé de placer au moins une grossièreté par phrase. Afin d'aider celui qui souhaiterait s'initier à ce langage voici une petite liste non exhaustive, en phonétique française :
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Dou syyerr' |
t'es gonflé |
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Foul'e sakrr |
flemmard. Littéralement: sac paresseux |
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Chââff sèkrou |
minable. Littéralement: couille de mouton |
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Rèybe wèouch |
salopperie de romand, antonyme de bourbine, chtôbirne, teuteu etc |
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Bleudi Tchattsch kkou |
débile. Littéralement: stupide prune |
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Falschi Tchattsch kkou |
faux-cul. Littéralement: fausse prune |
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Tômmy rroue'h |
vache stupide |
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Chnôder gooof |
morveux, textuellement gamin à crottes de nez |
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Dou byych so n’e g’ygou |
t’es vraiment un con |
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Toubou |
imbécile, ne pas confondre avec Taube qui signifie pigeon, l'oiseau |
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Lek méé'rr |
marque d'étonnement. Littéralement: lèches-moi (le cul) |
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Lek mii am âârrch |
va te faire voir, traduction : lèche moi le cul |
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Fertammy nau' mââou |
intraduisible, littéralement: soit damné une fois de plus |
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Chyysst mii houere nââ |
ça me fait super ch*** |
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Hêê'yl ànts' Tonnerr ! |
par Jupiter ! Littéralement: la tonnerre du sauveur (Jésus) |
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Gopfertami ou Gopfritchtoutz ou Gopfertelli ou Gopfertekrou |
nom de dieu |
Ou sinon, l'usage du mot houere, littéralement « putain » peut être intercalé ça et là, à l'instar du « fuck » américain. Par exemple : « Hier, je suis allé faire les emplettes, il y avait une chiée de monde à la caisse, c’était super chiant » se traduit par: « Quechter bin ii gau yyro’oufe, s’hêêt HOUERE fieou lûût byyr krass’e cââ, hêê’t mii HOUERE ââ’g’chyysse" ».
Voici quelques autres expressions typiques, avec précision de la zone géographique d'usage, les variations de langage étant telles qu'il est fréquent que les habitants de vallées voisines ne puissent se comprendre.
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Grûû'etzi (Zurich) ou Grûû'euzeurr (Berne) |
Bonjour |
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Gââou (Berne) ou Gââl (Bâle) |
n'est-ce pas |
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Yeouh (Berne) |
oui |
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Koukke moll (Bâle) ou Louege ma'ou (Berne) |
regarde |
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Pass ouff |
fais attention |
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Pfoûûûz'e (Berne) |
dormir, ne pas confondre avec Foûûûrt'ze qui signifie péter |
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Pfouyy |
onomatopée destinée à un petit chien pour qu'il arrête de renifler où il ne doit pas |
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Das îîch rââbyss |
c'est des salades. littéralement c’est du chou |
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Das g'yyt's yo gââr neet |
Mais c'est pas possible |
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Im kââko ousse |
à Bümpliz derrière la lune |
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Trââkrig ou Groûûzig |
sale, pas propre |
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Gââllou |
oui, avec plaisir (lorsqu'on vous demande si vous voulez de la nourriture) |
Les chtôfifres (autre désignation des bourbines) ont une culture bien a eux. Ils détestent les allemands et ont une peur viscérale de se voir envahir, cette tradition remontant au temps de Guillaume Tell.
Ceux qui ne sont pas banquiers portent une grosse barbe, une chemise à carreaux et des bretelles. L'automobiliste a une réputation diverse selon la région, les argoviens et surtout les soleurois sont les meilleurs. Sur l'autoroute, les casques à boulons (= bourbines) présentent tous une caractéristique commune: ils respectent excessivement les limitations de vitesse et gardent une distance de 200m avec le véhicule précédent; ils appellent ça "le tistanss' te sékkurritté".
Sinon on peut encore dire que les Appenzellois ont la réputation de nains de jardin, qu’à Zoug, tout est tellement propre que personne n'ose sortir, que les Bernois et les Saint-Gallois détestent les Zurichois et que les Argoviens sont les imbéciles des Zurichois, des Bernois et des Bâlois, que les Autrichiens sont les Belges des suisse-allemands, que le port du masque à gaz est obligatoire à Bâle en cas d'explosion dans une usine chimique, que tous les suisse-allemands sont lents, les Bernois plus que les autres et que la région sise entre Lucerne et le Gotthard est appelée "Suisse primitive".
Voilou ! Vous êtes maintenant parés pour votre prochaine venue en Suisse alémanique. Poulpy devait aller à Saint Gall (st Gallen)
mais allez savoir pourquoi, le poulpe a peur de ne pas réussir à se faire comprendre (ou de devoir manger encore et encore des Röstis) et à remis son voyage… On verra si vous avez plus de chance.
Un dernier conseil : n’allez pas dire à un suisse qu’il y a des trous dans le gruyère : c’est pas vrai, c’est dans l’emmental d’abord ! (cf. Bienvenue en Suisse de Léa Fazer)
Marie-Thérèse Porchet - La Leçon de Géographie
Publié dans : Grenoble, Evian, Morzine and other places


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