Article écrit il y a donc déjà un siècle et que j'ai oublié de mettre en ligne. Toutes mes plates excuses à mon lectorat passionné !
C'est la fin de ma première semaine et je suis plutôt partagée.Tous les maliens avec qui j'ai vraiment discuté en dehors de l'école ne pensent qu'à partir en France. Et particulièrement ceux qui
travaillent pour les blancs : on est blanc, et en plus français, donc on est riche ou en tout cas on gagne très bien notre vie. C'est paradoxal de voir que les français veulent rester au Mali et
que les maliens veulent partir. Ils ont pourtant bien conscience que si les français restent c'est parce qu'ils ont ici ce qu'ils ne peuvent pas avoir en France : de belles maisons, des gardiens,
des cuisiniers... Les maliens disent tous que la vie est difficile et qu'en France ça ne peut être que très bien. La plupart de ceux avec qui j'ai parlé cherchent des solutions, autres que
clandestines, pour pouvoir partir. Ils connaissent tous quelqu'un qui est mort dans le désert en essayant de rejoindre l'Espagne. Par exemple Alhassane a essayé de passer par un prof du lycée
français mais ils n'ont pas eu de visa. Djigui pense partir en 2013 en laissant ici ses deux femmes et ses six enfants. Youssouf va se marier avec une fille dont la soeur est mariée à un
français... Je comprend quelque part qu'ils aient envie de partir mais franchement pour trouver quoi ? D'autant plus que tu ne peux pas revenir tant que tu n'as pas réussi. La fille chez qui
j'habite a aidé un gars à obtenir son visa et lui, une fois sur place, a eu la chance de trouver un travail, un logement mais il a de faux papiers et Perrine est désormais fichée au consulat...
Voila tout ça c'est pas génial...
Sinon je trouve que les maliens sont beaucoup plus riches que nous humainement parlant. Certes ça ne suffit pas pour vivre mais c'est vraiment frappant. Ils n'ont pas la même notion que nous de
la misère. Pour eux la misère c'est la solitude en fait. Elle représente une sorte de mort sociale. Donc tout le monde est toujours dehors, tout le monde dit bonjour à tout le monde, te demande
comment ça va, bien, et la famille, bien, le travail, bien, la santé, bien... Comptez dix minutes juste pour acheter un pain ! Djigui, le gardien de nuit, s'est mis en tête de m'apprendre le
bambara : "si tu as le courage, c'est pas difficile. Tu rentres en France et tout le monde dira elle parle le bamabara" :) Alhassane, le gardien tout court, s'est transformé en guide (ce qui est
quand même bien pratique !) Ils sont vraiment très chaleureux. C'est une impression générale mais il y a toujours des gens qui n'apprécient pas forcément les blancs et leurs manières de faire. Je
pense notamment que le projet de collaboration avec l'école malienne en face de la nôtre ne va pas se faire. Ou en tout cas pas cette année. Et il faut voir la tronche de cette école... Des
classes surchargées, du matériel pourri, un brouhaha permanent, la rue qui sert de cour de récré et donc des gamins qui se font parfois renversés, pas de clim ni de ventilo... Bref des conditions
magnifiques pour s'en sortir dans la vie... L'école française elle ressemble à un bac à sable géant. Elle rassemble tous les "fils-à-papa" comme ils sont appelés par ceux d'en face, c'est-à-dire
l'élite malienne comme par exemple le fils du premier ministre. Du coup, même si la cohabitation se passe apparemment bien, au niveau des partenariats c'est pas gagné à mon avis. Du coup dans mon
travail je me concentre sur les projets en cours qui ont pris énormément de retard mais ça n'a pas l'air d'inquiéter les gens (le rythme est légèrement différent ici !). Tous les projets de
l'école sont financés tout ou partie par la fondation orange et je n'ai pas compris pourquoi mais c'est là que ça coince apparemment pour notre partenariat. Je vais fouiller un peu pour
comprendre tout ça !
A plus tard !
Poulpy, live from Bko
Où et comment un poulpe raconte sa vie et (surtout) celle des autres.
La vie des gregre et autres chambériens, lyonnais et éviannais, genevois et anneciens, passée au peigne fin !
Ils ont parlé...